Edito n°70 - février 2012
Soumit par Menet le mardi, 20/02/2012
 
L'industrie du logiciel
Cet édito m'a été inspiré par la lecture des forums. Au fil des posts, on se rend compte que les infographistes sont à la fois très attachés à leurs logiciels 3D mais également très critiques. Au fil des années, ils ont assisté à l'évolution de leurs softs et des logiciels concurents. La maîtrise de ces outils 3D demande un tel investissement personnel, que chacun espère trouver dans son soft les meilleurs fonctionnalités, sans devoir changer ses habitudes. C'est un casse-tête pour les éditeurs ! Certaines initiatives ambitieuses telles que Lighwave Core, Autodesk XBR ("Excalibur") qui visaient initialement à faire table rase du passé pour construire une architecture capable de mieux évoluer ont revue leurs ambitions à la baisse.
 
C'est le grand paradoxe des éditeurs de logiciel. Comme beaucoup de disciplines, ils sont souvent tributaires de la loi de Pareto : 20% des efforts permettent de développer 80% des fonctionnalités tandis que 80% du temps est englouti pour produire seulement 20% de fonctionnalités ! Du coup, il est très difficile de planifier et de prévoir avec certitude les dates de disponibilité. Les géants du logiciel préfèrent sacrifier la richesse fonctionnelle plutôt que de rater une échéance (on se souviendra des difficultés du géant Microsoft lors du développement de Windows Vista, http://fr.wikipedia.org/wiki/Windows_Vista ). Re-développer, refondre le code d'un logiciel aussi complexe qu'un soft 3D est une entreprise qui donne le vertige. Il n'est pas rare de reconnaître à mi-course que les précédents développeurs n'avaient pas fait un si mauvais travail ! Lors des célébrations des 20 ans de 3d studio (version DOS), Autodesk a dévoilé quelques secrets de fabrication. Rendez-vous compte : une poignée de personnes (Yost Group était principalement composé de Gary Yost, Tom Hudson et Dan Silva) a développé pendant 8 ans 3d studio (DOS) ! Pour la version Windows, Autodesk a poursuivit le développement en interne avec une large équipe. Gary Yost s'est largement exprimé à ce propos : une petite équipe était l'assurance d'une très bonne compétence sur le code et un excellente réacitivé. Au fil des années, l'industre des logiciels est devenue un énorme mastodonte. Un développeur isolé aura beaucoup de mal à lancer un soft suffisamment complet. Du coup, des éditeurs mises sur des développements coûteux et monétisent le support technique ; même s'il s'agit souvent de débuggage ! Au fil des années, les nouveautés fonctionnelles deviennent rares et peu ambitieuses. Il y a plusieurs raisons à cela :
- nous ne sommes plus dans les années 80/90 où tout restait à inventer !
- les coûts de développement ont explosés,
- il faut non seulement développer mais aussi supporter les nouvelles fonctionnalités, les documenter...
- développer sur un logiciel de plus en plus gros coûte de plus en plus cher (qui a dit qu'une fonction coûtait 10x plus cher à développer lorsqu'elle n'était pas inscrite dans le cahier des charges initial ?)
- les technologies matérielles et logicielles évoluent moins vite,
- la concurrence a diminué (Autodesk possède les trois grosses pointures du DCC* 3D)
 
Aujourd'hui, lorsque l'on parcourt les forums, les utilisateurs se veulent très raisonnables dans leurs demandes. La plupart du temps on demande de fixer un bug (comprendre : corriger une fonction développée dans la précipitation). Certains utilisateurs vont même jusqu'à réclamer une fonction qu'ils peuvent trouver dans un autre soft ! Mais il n'y a plus de "grandes espérances" ou de "rêves" ! Comme si une certaine fatalité s'était abattue sur le monde du logiciel 3D !
 
A mon humble avis (IMHO), il est grand temps de donner un grand coup de pied dans cette machine aux rouages grippés ! Il faut continuer d'espérer et de rêver ! Lorsque je regarde le travail des infographistes - aussi talentueux soit-ils - je me dis que les outils devraient être beaucoup plus puissants afin de se "fondre" et révéler toute la créativité. Tâches répétitives, mauvaise ergonomie, lenteurs, mauvaise intégration, mauvais process, tâches chronophages... Il y a tant de choses à corriger ! Bientôt, à force de ne pas innover et de ne pas examiner la manière dont les outils sont exploités ; les éditeurs ne vont plus satisfaire la demande. Des petits génies isolés (à ma connaissance 3D Coat et Sculptris étaient développés à l'origine par une seule personne), ou des groupes open source peuvent dès lors secouer les "gros éditeurs endormis". Toujours faut-il pour cela que leur suprématie financière soit un temps soit peu remise en cause !
 
Adobe et Autodesk devraient renouveler leurs gammes au printemps : à vous de juger si la moisson sera bonne ! Espérons qu'ils prennent plus de temps à améliorer leurs softs qu'à intégrer des systèmes de protection et de distribution qui ne pénalisent que les honnêtes utilisateurs dans leurs déploiements.
 
 
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